"Mon p’tit loup"

par Clémentine Ferry

Il y a quelques temps encore, j’avais un chat…
Enfin, j’ai toujours un chat, chez moi, à Paris. Il s’appelle Plume. Mais j’avais aussi un chat chez ma mère, à Dijon là où j’habitais avant. Lui, il s’appelait Pitou. Ma petite sœur l’appelait «Chatte » (vachement élégant !), moi je l’appelais « Chaton » et ma mère l’appelait « P’tit Loup ». Il était très fort en phonétique, car tous les petits surnoms finissant en [ou] qu’on pouvait lui donner, il répondait présent. Alors que mon chat n°2, Plume, il comprend même pas le sien ! Pitou c’était mon chat d’enfant et Plume c’est mon chat d’adulte. Mais comme parfois je suis encore une enfant, j’aurais bien aimé garder les deux…
Il y a une chose que ma mère et ma sœur ne savent pas, c’est où vont les chats quand ils meurent. Moi je le sais, car Plume me l’a dit dans un de mes rêves…

Pitou sentait la souris. Non pas qu’il en ait chassé toute sa vie (car franchement il était nul à ça !), mais parce que ça sentait fort. Il ouvrit les yeux et là il vit un immense parc qui s’étendait devant lui. Il trouva cela très bizarre, car il n’était plus chez lui. Et puis pour la première fois de sa vie, il y avait des chats partout. Une nouvelle odeur vient chatouiller ses moustaches : de l’huile d’olives !
(Oui, je sais, c’est un peu étrange, mais mon chat adorait l’huile d’olives jusqu’à se rouler par terre !)
Pitou se leva alors et se dirigea en direction de cette merveilleuse odeur. Un peu plus loin, il y avait un lac dans lequel nageaient poissons et autres gourmandises. A côté, un groupe de chats faisait cuire des sardines sur un barbecue et c’est de LA que venait l’odeur d’huile d’olives. En bon chat peureux qu’il était, Pitou mit du temps avant de s’approcher du groupe.
Un vieux matou portant des lunettes de soleil, s’approcha de mon chat et l’invita à se joindre au festin. Pitou s’attabla donc autour de la table garnie de sardines, poissons, cuisses de poulet… et se fit servir un jus d’herbe à chat. Pitou se sentait bien, là, sous le soleil, mais il pensait à ses maîtresses et il était quand même peiné. Mais il était content aussi, car la vilaine bestiole que les trois filles appelaient Dubaï (une chienne) n’était plus là à vouloir faire mumuse. Pitou raconta un peu sa vie sur Terre aux autres chats. Certains le trouvèrent franchement intelligent, d’autres le trouvèrent niais, mais tous s’accordèrent pour dire qu’il était très gentil et très poli.
Le repas terminé, tout le monde parti pour la sieste. On expliqua à Pitou qu’ici, chacun avait sa propre maisonnette aménagée avec tout le confort. Le vieux matou aux lunettes de soleil, qui avait tout de suite pris en affection mon chat, conduisit Pitou dans son nouveau chez lui. Quand il entra, il fut étonné par ce qu’il vit : des coussins moelleux, des tapis en herbe à chat, un robot distributeur de nourriture, des jouets par dizaine ; enfin bref, le Paradis. Mais il fut cependant étonné d’une chose : pas de médicaments ? Pas d’antipuces ? Pas de… VÉTÉRINAIRE dans le voisinage ? Cela était quand même bien étrange. Le vieux matou (Rudolph qui s’appelait) lui expliqua très bien la situation :
« Mon p’tit gars, ici c’est le Paradis ! T’as déjà vu des maladies au Paradis ? ».
La notion de « paradis » était comment dire… hum… un peu abstraite pour mon chat ; si vous voyez ce que je veux dire. Alors il s’installa sur un coussin pour la sieste et ne posa plus de questions.
En se réveillant, en plein milieu de l’après-midi, il entendit quelqu’un frapper à sa porte. Sans attendre de réponse, Rudolph entra : « Alors mon p’tit gars, t’as bien dormi ? Ecoute, moi et les autres on va jouer à la pelote, tu viens ? » Pitou ne savait pas très bien ce qu’était la pelote, mais il savait par contre très bien ce que signifiait le mot jouer. Alors il se leva et suivit Rudolph dehors. Le soleil était toujours aussi brillant et sa douce chaleur caressait les poils de Pitou.
Arrivé sur le terrain de jeu de la pelote, Pitou rencontra d’autres chats, des mâles surtout. On lui expliqua les règles, très simples : une boule d’aluminium est placée à un certain endroit et les concurrents, avec une pelote de laine, doivent essayer de la pousser. Attention, les pelotes roulent très bien et il ne faut pas se laisser déconcentrer et partir au loin avec sinon… élimination ! Pitou trouva ça assez simple, mais pensa aux nombreuses choses que faisaient rouler les trois filles dans le salon et il se dit que certainement, il se laisserait distraire, car c’était très amusant de courir après des choses qui roulent. Le jeu commença. Pitou était très fort et contrairement à ce qu’il pensait, il ne se laissa pas déconcentrer, car il voulait impressionner les autres concurrents. Voyant son talent, Rudolph lui proposa de participer au concours de pelote qui aurait lieu dans quelques jours. Dans le cas d’une victoire, il serait proclamé Roi de la Pelote :
« Alors mon p’tit gars, qu’est-ce t’en dis ? »
Pitou accepta le challenge.
La partie allait se terminer lorsque soudain Pitou aperçut une jeune chatte en train de regarder les mâles jouer. Il fut hypnotisé et… perdit ! Oh il ne perdit pas parce qu’il courût après la pelote, non. Il perdit, car il ne put s’empêcher d’aller voir la demoiselle et de laisser son jeu !
(Je crois que c’est à ce moment-là que Plume bougea violemment dans son sommeil afin, je crois, d’exprimer à quel point il trouvait bête ce comportement.)
Ne sachant trop quoi lui dire, il lui lança son prénom et avec un grand étonnement, la petite chatte lui répondit : « Moi, je m’appelle Ma Douce. Cela fait quelques temps que je suis là. Je connais l’une de tes maîtresses et toi, tu connais mon maître. » Pitou ne comprenait pas vraiment. Il était vexé que cette dame fasse allusion à ses maîtresses alors qu’il était déjà assez affligé de ne plus les voir !
Voyant la colère s’installer en lui, Ma Douce le prit par la patte et l’emmena dans la Forêt des Songes. Là, à travers une rivière de lait, elle lui fit regarder la terre…

Voilà comment Pitou rencontra l’esprit de Plume et comment Plume me retransmit cette histoire. Bien sûr à ce moment-là, je compris que mon p’tit loup était tombé amoureux de la chatte que mon cher et tendre compagnon avait perdue il y a quelques années ! Comme c’était drôle pour moi ! Comme c’était drôle pour Pitou, car il comprit que grâce à Plume il pourrait rester en contact avec moi.
Quant à savoir comment la vie de Ma Douce au Paradis serait racontée à mon chéri, cela est une autre histoire…



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